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Cartes postales anciennes : Comment éviter les arnaques

Cartes postales anciennes : Comment éviter les arnaques

Contrairement à ce que l'on pouvait espérer, la cartophilie n'a pas échappé aux tricheurs et escrocs en tout genre.

Lorsque de jolies cartes postales se vendaient couramment sur les quais à moins de 50 c pièce avec un pic à 1,50 f pour les Mucha considérées déjà comme un nec plus ultra, il n'y avait pas lieu de craindre le moindre mistouflage et le cartophile vivait heureux et sans arrière-pensées.

Avec les prix d'aujourd'hui qui ont grimpé comme un thermomètre atteint du chikungou- nya, à faire tomber en catalepsie le seigneur Harpagon, s’il avait été cartophile, la voie est ouverte à toutes les petites arnaques.

Quelques-unes sont connues comme le loup blanc, d'autres n’échappent pas aux habitués, mais certaines sont plus fines et plus subtiles et peuvent tromper un œil inattentif même averti. Deux méthodes participent de ces détournements cartophiles :

La première, intellectuelle, va consister à forcer le prix d'une carte sans la dénaturer.

La seconde, manuelle, va créer de fausses raretés par une manipulation matérielle.

Nous invitons nos lecteurs à nous signaler les omissions ou à nous apprendre les nouveautés qui nous auraient échappé.

LES ARNAQUES CLASSIQUES 

Juste pour mémoire les petites escroqueries classiques qui ne se limitent pas à la CP.

-     Le chèque sans provision, volé, faux...

-     Les envois « perdus par la poste ».

-     Le vol de classeur dans les salons.

-     Le changement d'adresse opportun. La nana hébergeante précédente prend tout sur le dos.

-     La super bonne occase à payer en liquide que l'on envoie à une boîte aux lettres qui ne correspond à aucun logement (signalé dans CPC).

-     la petite annonce gratuite (donc sans trace de l'annonceur) réclamant des cartes. La personne qui reçoit les cartes prétend ensuite n'avoir jamais passé d'annonce et refuse de retourner le lot. (A motivé la création de la carte privilège de CPC, certifiant ainsi l’identité de l'annonceur.)

variante : idem, mais faisant envoyer à un exami des tonnes de cartes drouillesques, que le brave honnête homme est obligé de retourner à l'envoyeur.

-     les belles offres sur internet, payables à l'étranger...

-     les enchères truquées : vendeur et acheteur sont une même personne. Cela se pratique assez bien pour créer une fausse cote à un artiste. Ou peut atteindre une renommée pour le seul montant des frais. Pas très valable pour un objet unique.

etc, etc. Mais rien de bien spécifique à la carte postale.

LES PRIX DES CARTES POSTALES ANCIENNES BIDON

On nous a raconté à ce sujet pas mal d'anecdotes souvent croustillantes mais peut-être pas toujours authentiques.

La cote d'une carte postale ne peut être définie par des critères objectifs, elle est le résultat d'une fine alchimie qui échappe à toute analyse logique mais qui s'accroche tout de même à deux points cruciaux : qualité et rareté. Cette dernière étant surtout le corollaire de l'offre et de la demande.

La découverte d'un trésor

Supposons qu'une bonne fée fasse tomber dans votre boîte à chaussure un petit paquet contenant 50 exemplaires d'une top-carte de votre région ! Bonheur ! Malheur !

Après quelques instants de joie, vous comprenez bien vite que dévoiler cette bonne fortune viendra dévaluer votre trésor.

Que faire ?

Détruire la quasi-totalité de ce lot, comme l'aurait fait un marchand. Un lecteur nous en a rapporté l'anecdote qu'il prétend authentique et observée dans une brocante. Il fut indigné de voir ce brave marchand ayant réalisé son emplette à vil prix aller se cacher dans un coin pour mettre le feu au lot. Interrogé sur ce geste, i! aurait déclaré que c'était dans le but le plus sain qui soit, celui de ne pas dévaloriser celles qu'il possédait encore en magasin étiquetées sous une somme à 4 chiffres (en francs bien sûr).

Ce geste relève plus de l'iconoclastie que de l'arnaque, mais il est quand même manipulateur de cours. Il est douteux quand même qu'il ait pu être réalisé à moins que le nombre de cartes mis à jour dépasse de très loin les besoins du marché et fasse chuter la rareté au niveau de la drouille.

11 viendrait plus rapidement à l'esprit, l'idée de chercher à distiller les cartes une à une, le plus discrètement possible au meilleur prix. La méthode est risquée car les bonnes nouvelles se répandent vite surtout dans un petit milieu régional.                                                        î

Une double manipulation va donc être nécessaire. D’abord faire monter la cote, 'ensuite créer de la demande.

Pour faire monter une cote, on peut utiliser la méthode classique des enchères où deux comparses vont se battre pour faire monter la sauce au plus haut. Il n'en coûtera que les frais puisque le versement du comparse reviendra dans l'escarcelle commune.

Pour créer la demande il faut un peu plus de vice. On passera une petite annonce dans une revue spécialisée, déclarant que l'on est prêt à acheter une carte à disons 2000 €, prix largement au-dessus de la cote. Des surenchères à 2500 € puis 3000 € peuvent suivre dans les parutions suivantes. Dieu que cette carte est rare puisque personne ne peut répondre à cette offre alléchante !

Voilà des milliers de collectionneurs et des centaines de négociants informés de l’existence d’une rareté et de celle d'une demande pressante et insatisfaite. Ah ! si on pouvait avoir la chance d'en trouver une rapidement à prix plus bas... quelque bonne occasion de faire une rapide plus-value.

Et comme par hasard, dans le même temps, voilà qu'apparaît cette même carte proposée à 500 € dans des journaux d'annonces gratuites distribués un peu partout en France. 500 € c'est un peu cher, mais quelle belle occasion de gagner 2500 € en peu de temps... et le risque n'est pas très grand puisque 500 € est sa cote actuelle. On l'aura deviné c'est une seule et même personne qui sous différents patronymes et adresses est vendeur à 500 et acheteur à 3000. Il va donc vendre très vite les 50 exemplaires de son petit trésor mais se gardera bien de répondre aux propositions.

Si le lot est moins important, on passera plutôt par les ventes aux enchères, les ventes sur offres ou en propositions directes aux négociants.

Cette façon aura pour conséquence de créer une nouvelle cote-record qui deviendra la norme. Nul ne saura que l'acheteur a eu quelque peu la main forcée et que la transaction a haut cours n'a point point véritablement eu lieu. Il faudra ensuite plusieurs années pour la voir revenir à un niveau normal.

L'arnaque involontaire

Ce pourrait être une histoire belge... et pourtant elle est bien belge, et j’en suis Je témoin direct. De passage dans une bourse de Char- leroi, je fouille par hasard dans un bac de CPM et tire une carte de musée des éditions Hazan comme il en existe des millions vendues un peu partout pour quelques centimes. Cette carte représentait un tableau de Toulouse- Lautrec. Au dos, un chiffre assez rondelet et même très rondelet. Intrigué je demande au vendeur s’il s'agit d'un numéro de classement ou du prix. C'est son prix ! me certifie-t-il sans honte. Évidemment le franc belge à l'époque avait au moins un zéro de plus que le français, même en déplaçant la virgule vers la gauche, on était loin des prix proposés au Louvre, sinon pour l'original. Vous êtes sûr de ne pas faire erreur cher monsieur, osais-je répliquer ! Offusqué le brave ouvre sans hésiter le catalogue. .. il est français, n'est-ce pas une fois ! Regardez... Neudin a bien mis Toulouse- Lautrec... 3 000 francs français. Et bien vous voyez, moi je suis encore moins cher. Je me retirais sans répliquer m'inclinant devant un tel argument. Surtout qu'il est bien connu que le marchand est un spécialiste et l’acheteur un vulgaire néophyte.

On retrouvera quand même de façon moins bêbête mais plus vicieuse la même attitude dans la seconde partie.

L'abus de confiance

La méthode est des plus simple.

La carte postale est, pour le connaisseur, un excellent objet de placement. Comme le timbre, elle occupe un volume réduit, est difficilement évaluable, se détaille et se négocie souvent en liquide. Elle passe donc facilement inaperçue aux yeux du fisc. 

Voilà donc un excellent produit pour échapper aux frais de succession. L'amaqueur va y trouver largement son compte car, longtemps après, le succédé ne viendra pas se plaindre du fond de son trou et le successeur ne se doutera jamais que son douaire était mité à la base... et par la faute de qui.

Mais le placement n'était pas toujours destiné à une succession... sinon qui aurait connu l'affaire que nous allons essayer de reconstituer.

- Nanti d'une belle étiquette d'expert, créée pour l'occasion, publicitons à tout va sur des supports lus par de petits possédants soucieux de faire échapper à l’ISF les rondelettes économies d'une vie de labeur et de transmettre à la descendance un capital pas trop allégé. Bro- mégeons sans fin sur les évidents avantages d'un placement discret et sans risques et procédons aux opérations. Honnêtement menée, l'affaire est bien sûr valable et il n'est pas de cartophile qui nous contredira. Mais, bien entendu, l'amaqueur va s'adresser à des clients ignares en matière de cartes postales (les autres n'ont d'ailleurs aucun besoin de lui !) et l'occasion est trop belle de faire passer des vessies pour des lanternes.

Le principe va donc consister à constituer un portefeuille de valeurs cartophiles avec de la drouille (disons plutôt de la moyenne carte) présentée et justifiée comme une top-collection. La justification est la garantie absolue de l'opération. Elle ne peut être assurée que par le passage par une vente aux enchères, à la limite par une vente sur offres. L'important est d'obtenir d'un commissaire-priseur ou d'un négociant de bonne réputation une facture détaillant l'objet. Et cela est encore plus facile quand on est l'expert de la vente.

Méthode très simple. L'escroc ou son complice remet à un commissaire-priseur un lot de cartes postales de moyenne importance destiné à être vendu à l'unité. Dans la salle un ou deux comparses vont s'amuser à faire monter les enchères jusqu'à en dépasser le raisonnable. Si l'escroc est l'expert lui-même, tout est plus simple encore, il fournit les cartes, en surcote l'estimation et prétend avoir l'acquéreur par courrier. A l’issue de la vente, le commissaire-priseur, délivre en toute innocence, une belle facture bien détaillée. L'opération ne coûte donc que les frais, petit sacrifice largement couvert par l'énorme écart qui vient maintenant séparer le prix d'achat primitif des cartes de leur nouvelle valeur.

La collection de base est maintenant justifée à un prix de 10, 20, 50 voire 100 fois sa valeur réelle. Faisons-en, avec un beau ruban et un joli nœud, un beau lot cadeau que l'on remet au futur de-cujus, avec une belle facture et une belle expertise. On peut alors y ajouter honnêtement un petit pourcentage pas trop excessif pour tous les services rendus. On est payé rubis sur l'ongle capital et intérêt et peut- être même en liquide.

Le tour est joué ! Je pourrais presque dire a été joué, jugé et condamné si je pouvais ! Soyez rassurés... après ces quelques vicissitudes juridico-financières, le petit malin se porte à merveille*.

C'est fou ce qu’on apprend pendant son service militaire.

 

LES CARTES POSTALES ANCIENNES BIDONS 

Je n’ose utiliser encore le terme de faux qui se doit d'être réservé à une autre catégorie, bien précise, dont on parlera en son temps.

Le bidon recouvre donc tout, à la fois le vrai détourné, le faux semblant, le vrai-faux, le faux-vrai, les faux-faux et le reste. Mais le vrai couillon reste toujours l'acquéreur.

Les repros modernes

Je ne m'étendrai pas outre mesure sur ce qui est connu je l'espère de tous. La petite arnaque de quasi-incompétence qui consiste à vendre ou à essayer de vendre une carte Ceccodi ou toute autre reproduction actuelle ou plus ancienne pour la carte originale. La chose se pratique toujours en exhibant une bible périmée en justificatif. Ah ! ces paroles de prophètes que de malheurs n'apportent-elles pas en de mauvaises mains !

La chose se rencontre encore sur certains marchés... Ben ouais ! je l’ai vu !

Note :

* Comme l'on s'eu doute, tout ceci n'est que pure imagination prospective. Tout rapport à des faits existants ou ayant existé n'est bien entendu que totalement involontaire et fortuit. Mais si par hasard un tel petit malin semble se reconnaître, qu'il nous fasse signe, nous reprendrons volontiers ses dires dans nos colonnes, surtout s'il apporte quelques précisions sur sa méthode.

Le connaisseur sourit, le marchand rigole... On parle d'erreur, de plaisanterie, à la limite d'une simple copie pour ne pas risquer le vol de l'authentique... mais allez savoir. si un gogo se laissait prendre ! Heureusement le plus souvent la carte reste dans l'album. On va quand même pas appeler la maréchaussée pour si peu.



Source : Cartofil